Babeuf : « Disparaissez révoltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernement et de gouvernés« .

  1. Introduction
  2. Définitions ridicules
  3. Et l’anarchie c’est quoi m’sieur ?
  4. Petite histoire

1. Introduction

Voici la bibliothèque anarchiste qui regroupe des articles sur les grands penseurs et les grands révolutionnaires de l’anarchisme ainsi qu’une petite bibliographie et un abrégé des grandes notions du courant anarchiste. N’oublions pas que ces hommes et ces femmes ne sont que des gens ordinaires. Et, même si leur pensée a eu ou a encore une influence sur le mouvement anarchiste, il ne faut jamais les élever au rang de « héros » de la cause et encore moins se battre sur des points de différences qui existent entre eux. Alors, disons bien haut, Bakounine est un demi-fou sanguinaire, Proudhon, un petit bourgeois catholisant, Stirner un pseudo-intellectuel réfugié dans l’égoïsme. Ce ne sont donc pas des intouchables, dont l’image doit être aussi nette et sans taches que les portraits de Staline.

Pour les « fanatiques » d’idéologie, il y a ici de quoi alimenter bien des discussions. Pour les autres qui ne cherchent que des précisions quant à certains éléments de la pensée anarchiste, ce qui est repris ici est bien suffisant. Il n’y a pas dans ce chapitre de cours de dogmatisme anarchiste ou de précis révolutionnaire.

Pour ceux qui se cherchent de nouvelles idoles, de nouveaux dieux, qu’ils aillent s’inscrire dans un parti politique ou qu’ils se paient les derniers cd des 2b3.

2. Définitions ridicules

J‘ai regroupé ici des définitions reprises de dicos et autres sources officielles d’informations.

Anarchie (définition du Petit Larousse) : n.f. (gr. anarkhia, absence de chef).

1.Anarchisme 2. État de trouble, de désordre dû à l’absence d’autorité politique, à la carence des lois 3. Désordre, confusion dans un domaine quelconque.

Je vous fais grâce du bref historique, trop tordant.

Anarchisme (définition du Petit Larousse) : n.m. Doctrine politique qui préconise la suppression de l’État et de toute contrainte sociale sur l’individu.

Si vous aussi vous avez dans vos tiroirs des définitions du même type, merci de me les faire parvenir.

3. Et l’anarchie c’est quoi m’sieur ?

Tant qu’à essayer de définir l’anarchie, voici quelques considérations qui esquissent le mouvement anarchiste. Les lignes qui suivent sont largement inspirées du livre de Daniel Guerin, « L’anarchisme ».

La révolte viscérale : l’anarchiste est un être en révolte contre l’injustice, la société, l’exploitation, les préjugés, le sacré, l’interdit et toute forme de contrainte externe à son être, son intellect, ses convictions.

L’horreur de l’État : l’anarchiste à une horreur tant de l’État que de tous les corps établis. Les méfaits de l’Etat sont multiples aux yeux de l’anarchiste : subordination de l’homme, assujettissement des volontés, oppression des consciences. L’État par son refus de la liberté individuelle et collective, par sa haine du non conformisme, est un Moloch à abattre comme un chien.

Non à la démocratie bourgeoise : pour l’anarchiste, la démocratie bourgeoise est une duperie supplémentaire pour brider les volonté libertaires des hommes. La démocratie indirecte est un leurre qui n’a pour but que de faire croire à une liberté illusoire alors que son dessein est bien de conserver les pouvoirs à ceux qui en sont déjà nantis. La démocratie se montre alors comme une monarchie de droit bourgeois avc à sa tête une hydre monstrueuse nommée gouvernement qui emprisonne l’homme plus sûrement que les plus fortes chaines de l’ancien régime. Pour Proudhon, « la démocratie n’est rien de moins qu’un arbitraire constitutionnel« . Déléguer sa souveraineté est le pire des crime, l’homme ne fait que déléguer sa liberté et son libre arbitre. Pour Bakounine « le système représentatif, loin d’être garantie pour le peuple, crée et garantit, au contraire, l’existence permanente d’une aristocratie gouvernementale contre le peuple ». L’anarchiste ne peut et ne doit croire en l’émancipation par le bulletin de vote. L’abstentionnisme est l’unique voie pour contrer ce jeux de dupes. Proudhon : « le suffrage universel est la contre-révolution« .

Adversaire du socialisme autoritaire : l’anarchiste est un adversaire irréductible du socialisme autoritaire (socialisme, communisme sous toutes leurs formes). Cette opposition prend racine dans les duels idéologiques du XIXème siècle entre Bakounine et Proudhon d’une part et Marx et Engels d’autre part. Pour Stirner, le travailleur, en régime communiste, demeure soumis à la suprématie d’une société de travailleurs. Ce travail, la société le lui impose, donc, c’est une limite à la liberté individuelle de l’homme, à son libre arbitre. Pour Stirner, l’appropriation par l’État des moyens de production ne peut que conférer à cet état plus de pouvoir pour assujettir l’homme et le rendre encore plus puissant que les Etat bourgeois. Stirner condamne le refus par les communistes de toute propriété ou possession individuelle. Proudhon, quant à lui condamne le « système communiste, gouvernemental, dictatorial, autoritaire, doctrinaire » qui « part du principe que l’individu est essentiellement subordonné à la collectivité ».

De plus, les communistes appellent à une révolution par le haut et veulent conserver, après la révolution, l’État et ses prérogatives. Proudhon lance : « Le gouvernement est de sa nature contre-révolutionnaire« .

Bakounine tonne : « Je déteste le communisme, parce qu’il est la négation de la liberté. Je ne suis point communiste parce que le communisme concentre et fait absorber toutes les puissances de la société dans l’État, parce qu’il aboutit nécessairement à la centralisation de la propriété entre les mains de l’État… Je veux l’organisation de la société et de la propriété collective ou sociale de bas en haut, par la voie de la libre association, et non de haut en bas, par le moyen de quelque autorité que ce soit…Voilà dans quel sens je suis collectiviste et pas du tout communiste« .

L’individu : l’individu est au centre de la dynamique révolutionnaire anarchiste. La spontanéité des masse est également un des moteurs de la révolution. Ainsi, on peut retrouver dans l’anarchisme des tendances mitigées : de l’individualisme sociétaire ou du collectivisme individualiste. Mais toujours, l’individu reste au centre du système anarchiste.

Stirner est le représentant le plus connu du courant anarchiste individualiste. On peut même dire qu’il prône un individualisme intégral (Voir les textes de Stirner dans Biblioanar). Toutefois, Striner ne rejette pas complétement le collectivisme, mais il ne veut pas subordonner la liberté individuelle à des collectivités trop aliénantes.

Bakounine, le défenseur du courant collectiviste, prend également la défense de l’individu au sein de l’anarchisme. pour lui, il faut partir d’un individu libre pour fonder les bases d’une société libre. L’individu n’a de devoir vis-à-vis de la société qu’à partir du moment où il a librement consenti à en faire partie.

Enfin, Bakounine assène : « L’homme réalise sa libre individualité qu’en se complétant de tous les individus qui l’entourent et seulement grâce au travail et à la puissance collective de la société« .

La spontanéité des masses : Proudhon assure que les révolutions sont toujours le fait des masses, dans un élan spontané pour défendre leurs droits et leurs liberté. Pour Bakounine, une révolution ne peut s’organiser que de bas en haut, laissant ainsi le rôle aux masses de déclancher les révolutions.

L’anarchisme, utopie ? : l’anarchisme par son encrage dans le réel, refuse l’étiquette d’utopique. En effet, c’est en partant d’une analyse historique rigoureuse que l’anarchie tente d’apporter des réponses concrètes aux problèmes humains. Actuellement, il suffit de voir l’engagement des mouvements anarchistes dans les luttes sociales ou dans les grands faits de société pour s’en convaincre.

L’organisation : l’anarchie n’est pas le désordre, mais l’ordre naturel par opposition à l’ordre artificiel de la société organisée de haut en bas. Voline précise : « Une interprétation erronée – ou, le plus souvent, sciemment inexacte – prétend que la conception libertaire signifie l’absence de toute organisation. Rien n’est plus faux. Il s’agit, non pas d' »organisation » ou de « non-organisation », mais de deux principes différents d’organisation… Naturellement, disent les anarchistes, il faut que la société soit organisée. Mais cette organisation nouvelle…doit se faire librement, socialement et, avant tout, en partant de la base. Le principe d’organisation doit sortir, non d’un centre créé à l’avance pour accaparer l’ensemble et s’imposer à lui, mais – ce qui est exactement le contraire – de tous les points, pour aboutir à des nœuds de coordination, centres naturels destinés à desservir tous ces points…Tandis que l’autre « organisation », calquée sur celle d’une vieille société d’oppression et d’exploitation…porterait à leur paroxysme toutes les tares de la vieille société…Elle ne pourrait se maintenir autrement qu’à l’aide d’un nouvel artifice. »

L’autogestion : pour les anarchistes dans leur ensemble, la propriété doit être abolie. Quant à la communauté, dans le sens marxiste, elle n’est qu’oppression et servitude. Proudhon cherche donc une combinaison des deux, et la trouve dans l’association et l’autogestion. Ainsi, Proudhon définit les données essentielles de l’autogestion : tout individu associé a un droit indivis dans l’actif de la compagnie, chaque ouvrier doit assumer sa part des corvées, il doit parcourir une série de travaux et de connaissances, de grades et d’emplois qui lui assurent une formation encyclopédique, les fonctions sont électives et les règlements soumis à l’approbation des associés, les rémunérations sont proportionnelles à la nature de la fonction, du talent et de la responsabilité. Idem en ce qui concerne les bénéfices, chacun est libre de quitter à volonté l’association.

Le syndicalisme ouvrier : Bakounine est partisan des syndicats, « organisation naturelle des masses », seule arme que les ouvriers peuvent employer contre la bourgeoisie. Bakounine pense que l’avenir est à la fédération nationale et internationale des coprs de métier. En 1869 au congrès de Bâle, le syndicalisme ouvrier passe au premier plan sous l’influence des anarchistes. Le syndicat doit, après l’abolition du salariat, constituer l’embryon de la nouvelle organisation de la société. Le syndicalisme ouvrier se combine avec l’autogestion tout en atténuant les imperfections. Les anarchistes pensent que seule une puissante fédération syndicale pourra, conjuguée avec la révolution, amener à l’établissement d’une société anarchiste.

Les communes : un des grands problème de la nouvelle organisation anarchiste est que substituer à l’État sans retomber dans un schéma étatisant ? La réponse réside dans l’établissement de communes autonomes et autogérées. En effet, selon Proudhon, les communes sont la base locale de l’organisation humaine et de leur fédération et de leurs interactions, doit naître un intérêt commun. La commune, selon Proudhon, doit être souveraine et doit avoir le droit de se gouverner par elle-même, de s’administrer et de se développer de manière autonome. Proudhon lance : « Point de milieu : la commune sera souveraine ou succursale, tout ou rien. Faites-lui la part aussi belle que vous voudrez; dès l’instant qu’elle ne relève plus de son droit propre, qu’elle reconnaît une loi plus haute; dès que le grand groupe…dont elle fait partie est déclaré supérieur…, il est inévitable qu’un jour ou l’autre elle se trouve en contradiction avec lui, que le conflit s’élève. Or, dès qu’il y aura conflit, la logique et la force veulent que ce soit le pouvoir central qui l’emporte, et cela sans discussion, sans jugement, sans transaction, le débat entre le supérieur et le subalterne étant inadmissible, scandaleux, absurde« .

Bakounine : « La vie et l’action spontanée, suspendues pendant des siècles par l’action, par l’absorption toute puissante de l’État seront rendues aux communes par l’abdication de l’État. » Pour Bakounine, la commune doit être administrée par un conseil communal mandatés et toujours révocable. Tout le problème étant de refuser la représentativité et de favoriser l’autogestion politique et économique.

Le fédéralisme : la nouvelle société libertaire doit être dotée de deux structures, une économique avec la fédération des associations ouvrières d’autogestion, une administrative avec la fédération des commune. L’édifice devait donc être consolidé par le fédéralisme. Le système fédéraliste doit garantir les liberté de ses composantes et d’ailleurs, par ses structures, donne la garantie d’une réelle liberté des êtres et organisations qui la composent. La fédération se posent comme le seul rampart contre la centralisation étatique. La société serait ainsi organisée de bas en haut : de la commune, fédération d’individus, à la fédération internationale en passant par les fédérations de communes et de régions.

Petite histoire

De manière à être complet, voici une brève histoire des mouvements anarchistes dans le monde.

Une des dates les plus importantes si l’on veut brosser un historique du mouvement anarchiste est sans nul doute le 28 septembre 1864, date de fondation de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT). L’influence de Proudhon, combattue par Marx, y sera très grande et sera relayée par Bakounine en 1868 lors de son adhésion à l’Internationale comme membre de la section centrale de Genève.

Bakounine demande en vain l’entrée dans l’AIT de l’Alliance Internationale de la Démocratie Socialiste, plus société secrète que mouvement ouvrier. Suite à ce conflit, la Fédération Jurassienne est créée en 1871, prélude à la création de l’Internationale « anti-autoritaire » en septembre 1873.

Bakounine sera exclus de l’AIT en 1872 après le Congrès de La Haye. Se dressent alors derrière Bakounine, non seulement le Fédération Jurassienne, mais aussi les fédérations belges, italienne, anglaise, américaine et hollandaise ainsi que la fédération régionale espagnole.

L’Internationale « anti-autoritaire » étendra de plus en plus son influence sous la direction des fédérations jurassienne et italienne. Toutefois, le déclin s’amorce dès 1877 lors de la défection de la fédération belge qui se rallie au marxisme et à l’entrée dans la clandestinité de la fédération espagnole.

En octobre 1880, le congrès de la fédération jurassienne, auquel se joignent Kropotkine, Élisée Reclus et Carlo Cafiero se prononce pour le communisme anarchiste. Le congrès international de Londres de 1881 devait confirmer cette position.

Dès 1880 pourtant, les fédérations belge et jurassienne cessent pratiquement d’exister.

Aux USA, l’anarchisme se lancera dans une voie de violences avec l’affaire de Chicago et à son paroxysme, celle de Sacco et Vanzetti.

En France, dans les années 1880, on voit l’émergence d’un mouvement anarchiste à deux tendances : l’une communiste et l’autre individualiste. Les individualistes feront beaucoup parler d’eux en s’engageant dans une voie terroriste : bande à Bonnot. Le mouvement communiste restera dans une certaine légalité sans entrer dans le jeu démocratique. Malgré tout, le terrorisme anarchiste défraya la chronique avec Ravachol, Vaillant et Émile Henri. En 1913, est fondée la Fédération Communiste Révolutionnaire Anarchiste. Trois principaux journaux existent : Le Libertaire et les Temps Nouveaux de tendances communistes et L’Anarchie de tendances individualistes.

En 1920, le premier Congrès de la Fédération Anarchiste se tiendra à Paris. Le Congrès d’Orleans en juillet 1926 publia un manifeste qui réaffirmait les principes essentiels de l’anarchisme. Les tentatives de prise de pouvoir de la CGT resteront vaines et le militantisme syndical ne regroupera que quelques milliers de cotisants.

Depuis 1977, la Fédération anarchiste édite le journal hebdomadaire Le Monde Libertaire et crée en 1981 Radio-Libertaire.

En Espagne, les années 1880 marquent le renouveau anarchiste et en 1881, est constituée la section espagnole de l’AIT bakounienne sous le nom de Fédération des Travailleurs de la Région Espagnole. La CNT naît en 1911. Dans les années 20, la CNT, comptant plus de 700.000 membres, s’affirme pour l’anarchisme collectiviste. Durant la dictature de Primo de Rivera, la CNT entre en clandestinité en 1924. En 1927, est créée la FAI (Fédération Anarchiste Ibérique).

Au début de la guerre civile, la CNT regroupait 1.200.000 membres dont 200.000 pour la seule Catalogne. En juillet 1936, les anarchistes s’emparent de Barcelone et d’une bonne partie de la Catalogne. Toutefois, les dissensions au sein du Front antifasciste mèneront à des affrontements entre les communistes et les anarchistes. La victoire de Franco en avril 1939 voit la fin de l’anarchisme en Espagne.

Aujourd’hui, la coordination des activités anarchistes est assurée par l’Internationale des Fédérations Anarchistes issue de l’Internationale anarchiste. Son programme a été établi en 1968 à Carrare.

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