Frontispice

Prologue

Alphidius à bon droit estimé l’un des plus célèbres et recommandables à la postérité d’entre les anciens et sages Philosophes de son temps, nous propose en ses divins écrits, que la contemplation ordinaire, considération mystérieuse et lecture continue des auteurs approuvés, renommés, suffisamment pour tels recommandés, et qui nous ont à qui mieux divinement traité de cet œuvre, chanté ni révéré des plus rares esprits, qui par curiosité digne d’un tel sujet, ou par compassion d’y voir tant d’âmes aveuglées y consommer le temps, ont bien sagement daigné produire au jour quelque brillante étincelle de l’excellence de notre Lion qui se connaît à la patte, pour arrhes seulement de l’ardente lumière qu’ils en ont retirée, ou pour juger pour le moins à peu près, de la pierre précieuse par l’examen de cet échantillon sacré ; ce sage dis-je et prévoyant docteur dit que la recherche de ce Soleil terrestre rapporte autant ou plus de fruit et de contentement aux nourrissons doctement élevés sous la providente tutelle de cette science surhumaine et sans doute céleste, amiablement nourris de l’agréable lait de sa mamelle et amoureuse et savoureuse; qu’elle peut de mépris et mécontentement aux oreilles bijearres de ces doctes ignorants, qui n’ont l’entendement assez rassis pour en juger pertinemment et comprendre l’effet d’un mystère si haut, si grave et sérieux, la vue assez subtile pour en voir le sujet, ni le cerveau de soi suffisamment timbré pour arrêter le prix de cette perle inestimable : mais seulement nourris, élevés et soulagés, rassasiés, ou pour mieux dire entretenus du suc amer d’ignorance, se rendent incapables de viandes plus solides pour digérer à point nommé et se remettre à tout propos comme un objet devant les yeux, l’art de la Pierre des Sages que nous disons le Ciel des Philosophes.

Mais à ceux-là ne conseillerai-je jamais aussi de s’empêtrer plus avant dans les vagues replis de la Toison dorée, non pas même toucher du moindre bout du doigt ni des lèvres seulement ce Dédale inépuisable de leur faible portée; pour ce que ces cervelles écervelées ne sont pas appelées au triomphe glorieux de ce degré d’honneur, promis et assuré aux âmes seulement philosophes, non pas à tous venants, ni s’embrouiller l’esprit, assez capricieux d’ailleurs, d’oser sucer le miel des délices de nos judicieux écrits : étant plus à propos, utile et profitable à ces têtes ignorantes d’en préférer le souvenir du coût au mérite du goût sans l’exercer à ce labeur, ni faire quelque épreuve si chétive que ce soit, de notre opération divine; mais plutôt retirer du verger verdoyant de nos précieuses Hespérides le nez infructueux de leur insuffisance, incapable des propositions trop subtiles pour leur chef, de notre œuvre excellente, à l’égard disproportionné de leurs faibles pensées. Notre céleste Muse ne s’amuse pas aussi aux caprices indifférents de tout le monde en gros, mais en détail considère les uns pour mépriser les autres, faisant un choix sortable de ses plus favoris et de ceux qu’elle peut reconnaître vrais enfants de la science, les appelant bénignement aux plus heureux rayons de ses rameaux dorés, au lieu qu’elle éloigne les autres tant qu’elle peut de ses foyers :

Profanes n’approchez de nos trésors sacrés

Aux élus seulement saintement consacrés.

Rhasis n’en pense pas moins au traité qu’il a fait de la lumière des lumières. Nul ne doit, dit-il, tant de soi présumer, sans espoir assuré d’encourir, par le blâme certain la honte qu’il mérite, étendant ses désirs au-delà des imprudentes limites de sa capacité pour puiser à son gré dans les faibles ressorts de son débile esprit, l’essence pure et nette des mixtions admirables, quoiqu’à eux inconnues, des parfaits éléments. Aussi qu’à vrai parler, de telles sortes de gens y mettant plus qu’ils n’en recueilleront, s’apprêtent plus de confusion que de contentement, plus de brocard que de soulagement, plus sujets mille fois à l’appréhension d’un triste châtiment, qu’au gain du fruit prémédité; sans se ressouvenir de la verge d’Apelle, qui reprit en deux mots la scientifique présomption d’un rogue savetier par la baguette de sa rigueur, à l’instant qu’il pensait proprement étaler son discours importum hors les droites clôtures de son simple soulier, pour reprendre imprudemment, et à l’égal d’un vénérable censeur, les traits et le portrait de son grave tableau :

Tu pouvais, lui dit-il, parler de ta pantoufle,

Mais non pas d’un pourpoint, d’un bras ou d’une moufle.

Aussi est-ce pourquoi fort à propos, la Bienséance pour éviter le blâme envenimé, et la censure d’un public ombrageux, nous met devant les yeux ce point de modestie :

Plus qu’on ne peut on ne doit essayer;

Et tel en bruit qui ne sait bégayer.

Avec cette autre colonne qui lui sert d’étançon et de solide appui :

Exerce simplement ce que la connaissance

De ton Art t’a donné, et fais expérience

De ce que tu connais.

Mais quoi, chacun dorénavant en ce temps misérable s’en fait tant et tant accroire, et se flatte tellement en son opinion, qu’il ne trouve plus rien de trop chaud, que sa main d’arrogance ne prenne impunément, pensant bien rencontrer en ce siècle de fer, quelques sicles dorés, et plus assurément que la fève au gâteau :

L’ignorant accablé dedans son ignorance,

Veut ores discourir d’une docte science,

Pensant même savoir tout ce qu’il ne sait pas.

Tellement éventés, que tenant un grand quartier des caprices de la lune, ils se rompent la tête à la penser faire descendre avec ses influences sur le corps de la terre, mère des éléments, même par un sentier qu’ils ne connurent jamais; seulement appuyés sur les apparences naturelles d’une curiosité concupiscible et désireuse de nouveautés. Mais si tant est que, ignoti nulla cupido, selon le Philosophe, quelle apparence peuvent-ils concevoir des effets transcendants de notre bon génie?

Leur esprit plus léger qu’une légère nue Ne peut pas bien parler d’une chose inconnue.

Et non plus que les aveugles qui ne peuvent pas juger des couleurs, étant privés de la vue, ainsi les ignorants ne peuvent-ils parler qu’en bégayant ou les pieds sous la table, du ciel des philosophes : Si te fata vacant, aliter non, dit Augurel en sa Chrysopée :

Que si du Ciel la faveur t’est donnée,

Adonne-toi à cet Art précieux

Puisque d’ailleurs elle n’est ordonnée

Aux plus savants que par le Don des deux.

Aussi commencerais-je à faire plus d’état de leur bon jugement, s’ils se développaient de cette onéreuse recherche, qui ne se laisse aisément manier à l’importunité de ces brusques avortons de science. Tous ceux qui l’implorent et présentent leur esquif à l’embouchure de ce golfe, n’arrivent pas à bord ; et la plupart de ceux qui y font voile ou s’embarquent à ce port, rencontrent le naufrage au milieu du chemin. Après mille travaux les sages Argonautes, conduits entre les ondes par la puissante main des longues destinées, conquirent seuls enfin cette riche Toison, à la pointe de leur valeur, armée et secourue de l’industrie, de l’expérience et la patience, vrais conducteurs de la bonace expressément requise à ce divin effet :

Pauci quos aequus arnavit

Jupiter, aut ardens evexit ad aethera virtus,

Dieu ne la donne point qu’à ses plus favoris

Et à ceux que le Ciel a tendrement nourris.

Aussi faut-il pour aborder cette Isle renommée, qu’on dit notre Colchos, mieux prévoir le naufrage, et remarquant le point des causes naturelles, savoir au bout du doigt les plus fameux écrits qu’en ont développé les meilleurs Philosophes de nos siècles passés, et juger de la vérité par la concordance de leurs peintures séparées; autrement je les vois tous bandés pour une défense étroite de laisser seulement ouvrir leurs livres à tous ces ignorants :

Osez-vous feuilleter d’une main sacrilège

Le prix de nos cahiers sans notre privilège?

Non, non, retirez-vous, vos appâts ne sont pas

Pour surprendre l’oiseau qui nous sert de repas.

Les Philosophes sont curieux de communiquer avec leurs semblables, aussi ne parlent-ils que pour les plus savants ; ainsi nous le maintient la Complainte de Nature : « Si tu la sais, Je t’ai tout dit, mais si tu ne la sais, je ne t’avance en rien.  » C’est pourquoi justement censurent-ils leurs livres, sur peine de n’y rien comprendre qu’un suc de confusion et de perte de temps, s’ils ne sont plus capables d’en cueillir le doux miel parmi tant d’autres fleurs.

Rosin, conforme aux précédents auteurs, n’approuve pas non plus le temps qu’ils y emploient, les baptisant du nom d’imbéciles d’esprit, pour s’appliquer si brusquement à cet essai sans la connaissance des choses que les Philosophes en ont mis par écrit. Où est l’accord, là est la vérité, disent le comte de Trévise et le grand Rosaire : «  Concorda philosophas et bene tibi erit  » :

Si de tous tes discords tu veux voir la concorde

Des Sages les accords accorde sans discorde.

Lesquels ont institué pour fondement de cet Art, un principe naturel, non pourtant familier mais par une opération et science cachée : combien qu’il soit manifeste et plus clair que le jour, que toutes choses corporelles, prennent leur source et leur être de la masse terrestre, Terra enim est mater Elementorum; de terra procédant et ad terram revertuntur, dit le docteur Hermès

La terre est l’Elément mère de toutes choses

Que nourrice, elle enceint dans sa matrice encloses.

Comme le vase des générations, aussi bien que leurs propriétés selon l’ordre du temps, par l’influence des Cieux, (qui lui servent de semence et de chaleur formative à faire germer et produire la matière), des Planètes, du Soleil, de la Lune ou des étoiles, et ainsi des autres consécutivement avec les quatre qualités des Eléments, qui se servant de matrice l’un à l’autre, se meuvent sans cesse, et auxquels se rapportent toutes choses croissantes et naissantes avec une origine et forme particulière en leurs propres substances, conformément à la toute puissance et volonté divine, qui les rendit ainsi ‘dès le premier instant et le commencement de l’admirable création du monde.

Tous les métaux aussi mis au rang des choses créées tiennent leur origine de la terre, mère des éléments et nourrice de toutes choses, comme jà ci-dessus l’avons-nous déclaré, avec une matière propre et individuée dérivée quant et quant des quatre propriétés des éléments, par l’influente concurrence de la force des métaux et les conjonctions de la constellation des planètes. Aristote, au livre IV de ses Météores, est bien de même opinion, quand il maintient et dit Que le vif argent est bien une matière commune de tous les métaux, mais que la nature ramasse premièrement et unit ensemble les matières des quatre éléments seuls, pour après en composer un corps suivant l’effet et la propriété de la matière, que les Philosophes nomment Mercure ou Argent-vif non commun ou fait par opération naturelle, mais ayant une forme parfaite de l’or et de l’argent, ou plutôt dérivant des deux métaux parfaits. Les naturalistes curieux de connaître l’état des minéraux en parlent assez clairement en leurs livres, sans qu’il soit ici besoin d’en écrire plus au long, sinon que sur cette assurée et solide base soit proprement fondé le principe et l’artifice de la pierre des sages, les commencements de laquelle se retrouvent dans le centre et le corps parfait de la Nature, qui ne relève d’aucun être vivant; et d’elle-même aussi lui voyons-nous emprunter les seuls moyens de sa parfaite forme et le plus grand contentement de sa finale perfection.

Je vous appelle tous, Mignons de la Nature,

Je vous appelle tous au doux son de ma voix.

Venez, d’un œil discret juger de la peinture

Que je vous donne ici telle que je la vois.

Si meilleure elle était (meilleure ne peut être

L’entreprise d’autrui), vous l’auriez de bon cœur

Qu’un théâtre d’amour fasse ce jeu paraître

Suçant modestement les fleurs de mon humeur.

Vous y pourrez cueillir dans la vigne dorée

De mon sacré verger, quelque grain de verjus :

Mais si de longue main la treille est préparée

Ces aigreurs s’en iront et ne reviendront plus.

Je n’empêcherai pas le monde de médire,

Plutôt veux je près d’eux cette cause évoquer;

Je les prends pour témoin que je ne veux rien dire

Qui ne soit d’un bon goût, et non les provoquer.

Quiconque fera mieux, il faut qu’il le publie

Et donne ce Trésor à la postérité :

Mais la discrétion ne dit pas qu’il s’allie

D’un vice médisant plein de témérité.

Le reprendre est aisé, le mieux est difficile,

Et toujours le censeur tient quelque passion.

Mais tout considéré, qu’ils mordent file à file;

Ferme, je paraîtrai de bonne intention.

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DE L’ORIGINE DE LA PIERRE DES SAGES

et comme avec artifice elle peut être réduite à sa perfection.

Cette Pierre des Sages tire les purs Eléments de son essence par la voie assurée d’une nature fondamentaire, en laquelle elle s’amende, suivant ce qu’en rapporte Hali, quand il dit que cette Pierre s’influe et s’imbibe entièrement sur des choses croissantes et profondes, se conglutinant, congelant et résolvant sur la nature, qui rend cette chose meilleure, plus parfaite et de plus d’efficace, selon leur ordre et le temps ordonné. Sur la voie et le modèle d’un tel artifice il faut qu’un chacun s’applique et se repose sur ces principes naturels s’il désire recevoir secours et aide en son opération par l’art de la Nature, qui se maintient si longtemps et se préserve de soi-même jusqu’à ce que par son art naturel le temps vienne à parfaire la droite forme de son intention.

Or, cet artifice n’est autre chose qu’une seule opération et parfaite préparation des matières, que la Nature sage et prévoyante en la mixtion de cet œuvre a faite : à quoi convient aussi la médiocre proportion et mesure assurée de cette opération avec un jugement mûr et une prudence considérée. Car combien que l’art se puisse attribuer le Soleil et la Lune devant un nouveau commencement pour faire comme l’or, si n’est-il nécessaire que de l’art du secret naturel des matières minérales, et savoir comme ils ont aux entrailles de la terre le fondement de leurs premiers principes : mais il est très certain que l’art observe une autre voie que non pas la Nature, ayant à cet effet une tout autre et diverse opération.

Il convient aussi puis après que cet artifice provenant des précédentes naturelles racines au commencement de la Nature produise choses exquises, que la nature ne saurait jamais d’elle-même procréer : car il est vrai qu’il n’est pas en sa puissance de pouvoir engendrer les choses de soi par lesquelles les métaux de la nature viennent à se procréer presque comme imparfaits, et qui ce néanmoins incontinent après et comme en moins de rien peuvent être parfaits par les rares secrets de l’artiste ingénieux : ce qui provient de la matière temporelle de la Nature, et qui sert à l’artifice des hommes lorsqu’elle les soulage de ses libres moyens; puis de nouveau l’artifice lui aide par son opération temporelle, mais de façon que cette forme accomplie puisse puis après correspondre et se rendre convenable aux premières intentions de la Nature et à la dernière perfection de ses desseins.

Et quoique avec grand artifice cela se doive taire, que la Pierre ci-dessus mentionnée retourne au propre point de sa première forme, l’être de laquelle elle puise des trésors de la Nature, aussi que toutes formes substantielles de chaque chose croissent de deux façons diverses, brutalement ou par métaux; si est ce qu’elles proviennent toutes d’une puissance intérieure de la matière, hormis l’âme de l’homme qui n’est aucunement tenue et ne relève point, comme les autres choses, de cette soumission terrestre et temporelle. Mais prends bien garde aussi que la forme substantielle ne se rapporte pas et ne peut condescendre à la matière, n’était qu’elle se fît par une certaine opération de quelque forme accidentaire : non toutefois que cela arrive de sa force particulière, mais bien plutôt de quelqu’autre substance opérative, comme est le feu ou autre semblable chaleur y répondant à peu près, parfaitement adjointe, qui y doit opérer.

Nous prendrons la similitude d’un œuf de poule, pour nous mieux expliquer et rendre notre proposition plus intelligible, auquel existe la forme substantielle de putréfaction sans la forme accidentelle, savoir est une mixtion de rouge et de blanc, par la force particulière d’une chaleur interne et naturelle qui opère en cet œuf, quant est des poules couvantes : mais combien que cet œuf soit la matière de la poule, la forme toutefois n’y est point substantiellement ou accidentellement comprise, mais en puissance seulement, car la putréfaction qui est principe de toute génération s’engendre avec l’aide et par le moyen de la chaleur.

Calor agens in humido efficit primo nigredinern et in sicco albedinern.

Tout de même en est-il de la matière naturelle de la Pierre susmentionnée, en laquelle n’existe point la forme substantielle ni accidentelle sans la putréfaction ou décoction, qui la rendent en puissance ce qu’elle est par après en effet. Reste maintenant d’entendre et donner à connaître quelle habitude peut avoir cette putréfaction si nécessaire aux procréations et d’où principalement elle tire son origine. La pourriture ou putréfaction s’engendre quelquefois par une chaleur extérieure, conservée en certain lieu de sa nature chaleureux, ou de l’ardeur laquelle est attirée de quelque moyen rendant humidité. Cette putréfaction se fait semblablement d’une froidure superflue, lorsque la chaleur naturelle vient à dépérir et se disperser, débiliter et corrompre d’une froidure surabondante, ce qui est proprement privation, car chaque chose s’abstient de la chaleur naturelle, et se fait assurément une telle pourriture en choses froides et humides. Les Philosophes ne traitent aucunement de cette putréfaction, mais bien de pourriture, qui n’est autre chose qu’humidité ou siccité, par le moyen desquelles toutes choses sèches viennent à se résoudre joignant le feu avec l’eau, comme dit le Trévisan, pour rentrer derechef et reprendre leur premier être, sur ce qu’ils prétendent, puis après selon le propre de leur nature arrêter la perfection de leur finale forme.

En cette pourriture l’humidité se réunit avec une siccité, non toutefois tellement aride que la partie humide ne conserve pêle-mêle celle qui est sèche quant à soi, et pourtant est-ce proprement une compression des esprits ou certaine congélation des matières. Mais lorsque l’humide vient à se désunir et faire entièrement séparation du sec, il faut aussitôt distraire la plus sèche partie et la réduire en cendres. Ainsi les Philosophes entendent que leur pourriture, siccité, diruption ou dissolution et calcination se fassent en sorte que l’humide et le sec naturel se viennent à rejoindre, dissoudre et réunir ensemble par une abondance d’humidité et de siccité, et par une égale proportion de température; à ce que plus facilement les choses superflues et corruptibles s’évaporent et soient tirées dehors comme vapeurs inutiles et excréments fuligineux : ni plus ni moins que la viande prise dans l’estomac s’assimile proprement et se convertit en la même substance de la nature alimentée, lorsqu’elle y est par une digestive et louable coction assaisonnée, et que de la préparation et digestion faite au ventricule elle attire une certaine vertu substantielle et humidité convenable. Or par le moyen de cet humide radical la nature est conservée et augmentée, leurs parties fuligineuses superflues et surabondantes comme un soufre corrompu, rejetée d’icelles. Mais il faut remarquer que chacune desdites parties veut être alimentée selon le propre de sa nature, en laquelle elle s’éjouit et désire de demeurer et conserver son individu en ses mêmes espèces. Ce que nous devons aussi bien entendre de la Pierre des Sages comme du corps humain, qui change en pureté de sa substance les formes inférieures et de différente condition, par le moyen de ce feu naturel et tempéré, qui est le vrai gouverneur et la seule conduite de notre grand vaisseau, minor ignis omnia terit. C’est le pilote et l’humide radical où les natures diverses vivent paisiblement, où plusieurs contraires qualités et différents discords composent des accords d’harmonie, assemblée par l’industrie d’une concoction nécessaire et d’une chaleur humide, lesquels agissent d’une égale proportion sur ces corps métalliques :

Le corps déguise tout en sa propre nature.

Ce qu’on lui veut donner lui sert de nourriture.

Notre œuvre en fait ainsi des métaux imparfaits

Qu’elle égale à l’égal de ses rois plus parfaits.

SECOND TRAITÉ REPRÉSENTANT L’ŒUVRE DES PHILOSOPHES PAR LE MOYEN DE DEUX FIGURES

figure i

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II faut savoir, dit Morien, que notre opération et l’Art dont nous désirons traiter présentement, se divisent en deux principales doctrines, les extrémités et les moyens desquelles s’attachent étroitement, s’adhérant tellement l’une à l’autre, que la fin immédiate de la première s’allie d’un indivisible chaînon au commencement de la postérieure, et s’entre succèdent mutuellement l’une l’autre, la dernière étant amiablement provoquée à l’imitation des mêmes actions qu’elle a pu remarquer et attentivement considérer au précédent modèle de celle qui l’a devancée de quelque espace de temps; et lors tout le magistère est entièrement fait et parfait, mais elles ne se peuvent pas accommoder en autre corps qu’en leur propre matière. Or, pour mieux concevoir ceci, et plus assurément, il est nécessaire de remarquer en premier lieu que la Nature, selon Geber, sort de la première essence des métaux composés de Mercure et de Souphre : laquelle opinion est suivie de l’autorité de Serrarius en sa question de l’alchimie cap. 25, à savoir que la Nature procède de la source et pure essence des métaux naturels, laquelle prend au feu une eau de putréfaction, qu’elle mêle avec une pierre fort blanche et subtile, la réduisant et résolvant comme un bouillon en certaines vapeurs élevées dans les veines de la terre, qu’elle bat à force de mouvement continuel pour la faire cuire et se vaporiser ensemble avec humidité et pareille siccité, qui se réunissent et coagulent, de sorte qu’il s’en produit certaine substance que nous appelons communément Mercure ou Argent vif, lequel n’est autre chose que la source et première matière des métaux, comme ci-devant l’avons-nous déjà dit. Et pour ce le même auteur certifie encore au 26e chapitre que ceux-là qui veulent en tant qu’il est loisible et possible, suivre la Nature, ne doivent pas s’aider de vif-argent seulement, mais de vif-argent et de soufre tout ensemble, lesquels encore ne faut-il pas mêler seulement, mais aussi préparer quant et quant et assaisonner avec prudence ce que la Nature a produit et réduit en perpétuelle confluence. Or est-il qu’avec telle sorte de vif-argent, la Nature commence sa première opération, et finit par le naturel des métaux desquels elle s’est contentée pour l’entière perfection de son œuvre, car elle a parachevé ce qui était de son devoir et tout concédé à l’artifice, afin de pouvoir accomplir son intention à parfaire la Pierre des Philosophes et la former entièrement de son dernier période et lustre plus parfait : ainsi de fait est-il certain que nous commençons l’œuvre sur les lieux où la Nature a mis son but et la dernière gloire de son ambition. Tous les Philosophes tiennent le vrai principe de leur opération de la dernière fin du soleil des métaux, confessent tous librement que celui qui prétend quelque chose à la connaissance de cet œuvre, ou qui parfaitement désire procéder au comble de cet art naturel, le doit absolument et sans scrupule commencer par la fin et cessation de la Nature et où enfin elle se repose ayant acquis la perfection de ses prétentions, se désistant sur la jouissance finale de ses actions ordinaires. Il faut donc prendre ce soufre et ce vif-argent que la Nature aura réduit au nombre d’une très pure et très nette forme étant accomplie et douée d’une réunion si subtile, qu’aucun autre ne la saurait si naïvement préparer, quelque artifice qu’il y apporte, quoique la Nature, comme dit est, possède finalement cette matière par la génération formelle des métaux.

Or, cette matière ainsi informée par la Nature conduira l’ouvrier à la perfection de son point, et l’artifice par ce moyen réussira au port du salut de ses desseins, par la force qu’elle reçoit proprement imbibée et appliquée en telle matière; à laquelle les Alchimistes ajoutent le Sol pour le faire dissoudre et distinguer des éléments, jusqu’à ce qu’il ait acquis une nature subtile et spirituelle, à la pureté des vifs-argents et en la nature des soufres : si bien que celle-là donc est la plus proche matière, et qui retire le plus par sa proximité et voisinance avec l’or, pour recevoir la pure forme de cette Pierre occulte, laquelle matière nous appelons Mercurius Philosophorum, puisque les deux susdits sont joints et étroitement alliés l’un à l’autre. L’opinion d’Aristote ne répugne point à celle-ci, mais lui est du tout conforme par l’avis qu’il en donnait au Grand Alexandre. Voulez-vous, lui dit-il, ajouter l’or avec les autres choses précieuses, dont les rois sont ordinairement parés et richement couronnés, au mérite de notre Pierre? Je vous avertis que ce Mercure est la matière seule et chose unique à parfaire notre science, bien que le moyen de l’opération soit enveloppé de tant de nœuds et de diversités que bien peu de personnes se peuvent assurer d’avoir un sauf-conduit de notre Roi pour atteindre le centre de ce labyrinthe tortu par le favorable filet d’une douce Ariane. Or, cette obscure diversité ombragée de mille chemins ambigus, et voilée d’une infinité de nuages épais est un vray coup de la main des Philosophes et tout exprès sagement déguisée : ainsi le tiennent Rosin, le comte de Trévise, et tous les autres unanimement, afin que chacun par la facilité de l’œuvre ne parvienne indifféremment à cette suprême marche, et ne vienne à mépriser un si précieux joyau, l’ayant si facilement acquis, et comme sans peine atteint au période honorable de notre œuvre parfait sur tous les autres œuvres, que nous appelons à cet effet une collection, à cause de la multitude mise ensemble, et une ferme représentation de toutes les choses que comprend la Nature.

C’est pourquoi parlent ainsi les Philosophes : Faites sublimer ce qui en peut rester, puis étant distillé et communiqué, faites encore qu’il monte et descende, le desséchant par dehors et par dedans, et autres doctrines infinies entrelacées de mêmes ambages et figures amphibologiques, qui doivent toutefois être toutes ensemble et par conjonction suivies et absolument accomplies pour recueillir enfin le fruit nectaréen de notre moisson dorée : encore qu’il semble qu’Alphidius s’y veuille aucunement opposer en ces termes :  » Il faut savoir que quand nous soudons et congelons, nous sublimons aussi et alchymisons sans intermission de temps, conjoignant par ce moyen et purifiant notre œuvre.  » Et plus clairement encore en ce qui suit :  » Quand notre corps sera jeté dans l’eau et qu’il viendra à être racheté il sera incontinent pourri, noir, ombrageux et obscurci, puis il s’évanouira et deviendra comme de la chaux qui se sublime et exalte tôt après « ; étant ainsi sublimé et dissous avec l’esprit, il se purifier lequel est un principe et origine très digne d’être comparée à toutes les choses de l’univers, qui aient vie, ou âme, esprit ou non, soit es minéraux vivants et naissants, es éléments et à leurs compositions, aux choses froides et chaudes, aux oiseaux, et sommairement tout ce qui peut être produit de la terre jusqu’au ciel, est contenu et coopère en puissance à notre Art.

figure ii

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Ces deux doctrines ci-dessus mentionnées signifient selon les Philosophes cette femme noire et obscure qui sert de clé à tout l’œuvre, et qui doit dominer en la force de notre Pierre, savoir en la noirceur, base assurée de tout le fondement, ou bien cet homme qui est la forme de notre matière, laquelle nous comparons fort à propos au soleil. Ceci soit assez dit pour un commencement de la première doctrine de cet Art.

Troisième traité dudit œuvre

figure III

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Ce grand génie de notre science et père de la plus haute et rare philosophie, Hermès, s’élevant en soi-même, et entretenant son esprit sur l’opération de l’œuvre des Philosophes, éclôt enfin ces paroles :  » Ceci peut être dit comme une fin du monde, en ce que le ciel et la terre produisent bien ensemble, mais personne ne peut par le ciel et la terre connaître nos deux doctrines précédentes, voilées de tant d’hiéroglyphes  » Plusieurs aussi parvenus au labeur y ont beaucoup sué devant que d’attraper cette perfection, laquelle ayant atteinte, ils expliquent après, mais avec plus d’ambiguïtés amphibologiques, et tellement confuses qu’on ne peut les comprendre, par leurs figures et similitudes ombragées, mais trop obscures pour ceux qui pensent suivre leurs pas, embrassant curieux cette même fortune, pour être couronnés d’une semblable palme, puisqu’ils veulent courir une pareille risque. La. première similitude nous démontre que Dieu par sa toute-puissance et l’infini de sa bonté, a créé la terre toute égale, grasse et féconde, sans arène, sans pierres, sans montagnes, sans vallées, par l’influence des astres et opérations de la Nature, et néanmoins nous voyons maintenant qu’elle ne retient rien de cet antique lustre, mais tellement défigurée de sa perfection qu’à peine la peut-on plus connaître de ce qu’elle voulait être, changée en diverses formes et figures, extérieurement, de pierres fortes, hautes montagnes et de profondes vallées, intérieurement, de choses terribles et de couleurs comme l’airain et les autres métaux. Quoique toutes ces choses confuses et diverses se trouvent à présent au corps de cette terre, si provient-elle entièrement de sa première forme, lorsque de très large, grosse, profonde et longue qu’elle était auparavant, elle est réduite en un grand et vaste espace par la continuelle opération du soleil et que la chaleur s’y est toujours conservée véhémente, ardente et vaporeuse, se mêlant confusément jusqu’au fond de cette grosse masse avec la froideur et l’humidité qu’elle enserre en son corps, dont s’élèvent quelquefois des vapeurs froides, nébuleuses et aériennes, qui naissent de la mixtion de ces deux régimes contraires, desquelles renfermées et arrêtées dans la terre, plusieurs autres vapeurs consécutives naissent par la longueur du temps, tellement fortes sur la fin, qu’elle est souvent contrainte de leur faire voie pour les laisser exhaler par l’ouverture de son ventre, leur donnant malgré soi libre passage, lorsqu’elle eût bien désiré les pouvoir retenir dans les naturels cachots de ses plus profondes cavernes, où plusieurs à la longue se retrouvant ensemble pêle-mêle, faisaient tantôt amonceler plusieurs parties de terre en un lieu par la force assemblée de ses exhalaisons, et plusieurs autres en autres lieux. Mais comme les montagnes et les vallées ont été réduites à leur certaine fin, là principalement se retrouve aussi la terre au meilleur point tempéré des quatre qualités, chaleur, froideur, humidité et décoction desséchée, bouillie ou aucunement diminuée; or en ces endroits voit-on l’airain le meilleur et le plus pur. Pour cette raison il est aisé à croire qu’es lieux où la terre est aplanie, il n’y a point si grande quantité de vapeurs ni tant d’exhalaisons sulfurées, ce qui la tient plus calme et en repos. Celle qui est grasse, fangeuse et où l’humidité d’en haut se retire vers le bas et au-dedans, devient plus tendre et molle, se changeant en une blancheur extrême, au moyen principalement d’une siccité causée par la chaleur du soleil, qui la rend plus forte, plus cuite et plus endurcie après long espace de temps. Mais une terre corruptible, frangible, sablonneuse et qui encore aucunement tendre se pend pièce à pièce comme grappes de raisins, est ordinairement plus maigre, et par conséquent ayant moins de nourriture pour l’entretien de sa substance, est plus tardive et a reçu trop peu d’humidité ou de vigueur alimenteuse, ce qui la rend beaucoup plus difficile à cuire, ne s’entretenant que comme par forme de rouleaux ou autre matière mal agencée. Or, cette terre ne se peut aisément réduire en pierre si elle n’est extrêmement vaporeuse et remplie de grande humidité, mais il est bien nécessaire qu’avec le dessèchement des eaux qui provient des ardeurs véhémentes et continuelles chaleurs du soleil, l’humidité de la terre s’y maintienne toujours : autrement cette Terre demeurerait comme morne et corruptible, et se déferait aisément par morceaux. Ce qui toutefois n’a pas encore été en icelle endurci du tout et parfait, peut à la longue devenir et se réduire en dure et forte pierre par l’opération continuelle de la nature assistée de la chaleur du soleil et longue décoction continuelle et sans intermission. Ainsi des fumées et des vapeurs susdites renfermées dans les pores de la terre, lorsqu’elles viennent à se joindre aux vapeurs aquatiques avec la substance de quelque terre fort subtile, digérée et bien purifiée par la vertu et influence du soleil, des autres planètes et de tous les éléments ensemble, se peut réduire et mettre en œuvre le vif-argent.

Mais d’autant qu’il pourrait retirer de quelque dureté subtile et flamboyane, l’on se peut bien servir du soufre des Philosophes, de la force et énergie duquel conclut fort bien ce grand Hermès, quand il dit  » que la vertu sera reçue des supérieures et inférieures planètes, et qu’avec la force, il surpasse et pénètre toute autre force, même jusqu’aux pierres précieuses « .

figure iv

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Hermès le plus grand ouvrier et le premier maître de cet art, dit que l’eau de l’air, qui est entre le ciel et la terre, est la vie de chaque chose, car par le moyen de ces deux particulières et naturelles qualités, chaud et humide, il unit ces deux éléments contraires, l’eau et le feu, comme un milieu nécessaire pour accorder ces deux extrémités. Et le ciel commence à s’éclaircir aussitôt sur la terre, que cette eau s’est infusée d’en haut lui servant de semence seconde introduite dans le col de son ventre, dont elle a conçu une douceur comme de miel, et une humidité certaine, qui lui font produire diversité de couleurs et de fruits, d’où s’est élevé encore et crû comme par succession de lignée dans les vestiges de leurs secrètes voies, un arbre de hauteur et grosseur admirables avec un tronc argentin, qui s’étend amplement et largement par les places et les cantons du monde. Sur les branches de cet arbre se reposaient diverses sortes d’oiseaux, qui s’envolèrent tous vers le jour, puis y apparurent des corneilles en abondance, infinité d’autres et rares propriétés encore s’y retrouvaient, car il portait beaucoup de sortes de fruits, dont les premiers étaient comme graines menues, et l’autre est appelée de tous les Philosophes Terra Foliota, la troisième était d’or le plus pur, entremêlé de force fruits qu’on nomme de santé, réchauffant ce qui est froid, refroidissant ce qui est chaud, et ce qui a contracté par une intempérie extraordinaire quelque chaleur excessive, rendant le sec humide, et l’humidité sèche, amollissant ce qui est dur, et raffermissant ce qui est mol. Or, toutes ces conversions de contraires essences sont les plus assurés pilotis de l’espérance de notre œuvre, nostra operatio est naturarum mutatio, disent-ils communément.

Faire le corps esprit et l’esprit rendre corps,

Les vifs faire mourir et revivre les morts.

C’est la Pierre d’Aimant, le cercle parfait où repose à garant le point du magistère, et le commencement de la fin prétendue de tout notre artifice.

Cette maxime est vraie, que l’assurance d’un bon principe ne sert pas peu à consoler les esprits assurés, qui s’embarquent néanmoins en crainte de ne pouvoir surgir au havre de salut d’une bonne espérance, se voyant assaillis de tant de durs écueils qu’ils font le plus souvent abandonner la prise aux meilleurs nautoniers. Si toutefois nous envisageons quelque doux Alcyon au milieu de notre tourmente, nous nous assurons au moins d’être encore demeurés en la vraie route de nos intentions, et par ce bon augure nous commençons à reconnaître ex ungue Leonern, le Lion à la patte, comme l’on dit, respirant sous le dur faix de nos plus grands travaux gaiement surmontés par l’espérance et l’aspect assuré d’un bon, heureux et favorable commencement.

Dimidium facti qui bene coepit habet.

La clef noire des mutations réciproques de ces diverses formes ouvre le cabinet des secrets naturels, pour sonder la douceur et la maturité du fruit de l’Ile Colchique, que gardent le Dragon, et le Lion dévorant, comparés à la poursuite de notre œuvre.

Pour atteindre le but de notre sacrifice

II faut par échelons entre suivre la lice

S’avançant peu à peu.

figure v

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Salienus parle suffisamment de la variété et différence de ce fruit, nous faisant assez ample mention d’une herbe qu’il nomme en suite de plusieurs Lunatica, d’une tige toute autre que les communes, et qui tire sa racine d’un métal terrien », rougissante en partie, mais environnée d’une noire couleur, ou proprement tachetée, facile toutefois à se corrompre et se défigurer, comme voulant abandonner ses forces ordinaires pour renaître bien plus belle et plus parfaite, au renouveau de ses plus riches fleurs venues à juste terme, laquelle septante deux heures après se rencontrant sous l’angle de Mercure, se change au blanc parfait d’une très pure Lune et convertie derechef, se laissant bouillir quelque peu plus longtemps par décoction, en or de tel aloi qu’il change en sa nature la centième partie de mercure; mais or bien plus parfait que ne le peut produire la force de la terre dans ses minières métalliques. Virgile en dit autant au sixième de ses Enéides, parlant d’un arbre aux rameaux d’or qu’il fait rencontrer à son prince troyen durant ses longues navigations; arbre de telle excellence qu’il ne mourait jamais, qu’un autre en renaissant continuellement de lui, et succédant au premier par la multiplication de soi-même ainsi qu’un autre Phénix, ne rentrât en son lieu.

Avicenne, traitant de l’humidité et de tous ses effets, dit que l’on aperçoit en premier lieu quelque noirceur, lorsque la chaleur fait son opération sur quelques corps humides. C’est pourquoi les anciens sages sans autrement développer l’ambiguïté de leurs figures énigmatiques, disent avoir avisé de loin un brouillard qui s’élevait, environnant toute la terre, et la rendant humide; ils disent aussi avoir prévu la grande impétuosité de la mer et le concours abondant des eaux nageantes sur toute la face de la terre, de telle sorte que la forme et la matière destituées de leur force première et remplies de putréfaction, se verront parmi les ténèbres même ébranler jusqu’au Roy de la Terre, qu’ils entendront ainsi crier et lamenter d’une voix pitoyable et pleine de compassion. Celui qui me rachètera de la servitude de cette corruption, doit vivre avec moi à perpétuité et très content, et régner glorieux en clarté et brillante lumière par-dessus mon siège Royal, surpassant même et de prix et d’honneur le précieux éclat de mon sceptre doré. Le bandeau de la nuit mit fin à sa complainte par un charmeux sommeil, mais sur le point du jour on vit sortir par-dessus la personne du roi une étoile très resplendissante, et la lumière du jour illumina les ténèbres, le soleil paraissait radieux entre les nuées ornées et embellies de diverses couleurs : les étoiles brillantes pénétraient, d’une odeur très odoriférante qui surpassait toute sorte de baume, et provenait de la terre une belle clarté reluisante de rayons éclatants; tout ce qui peut enfin servir de contentement ou de plaisir agréable à un grand roi qui se veut délecter aux rares nouveautés. Le soleil aux rais d’or, et la lune argentine entourant cette excellente beauté faisaient admirer de plusieurs spectateurs, et ce roi ravi en la contemplation d’un doux ressentiment fit trois belles et magnifiques couronnes, dont il orna le chef de cette grande beauté, l’une desquelles était de fer, l’autre d’argent, et la troisième d’or : puis on voyait en sa main droite un soleil  » et sept étoiles à l’entour qui y rendaient une très claire lueur; sa main senestre tenait une pomme d’Or, sur laquelle reposait un pigeon blanc, que la nature étincelante vint encore embellir d’argent, et décorer ses ailes d’or. Aristote dit que la corruption d’une chose est la vie et la rénovation d’une autre : ce qui se peut entendre sur l’art de notre Magistère et préparation des humidités corruptibles, renouvelées par cette substance humide, pour aspirer toujours à plus de perfection, et à la continuation d’une plus longue vie.

Menaldus démontre évidemment la nécessité et étroite communication qu’ont les choses vives avec les mortes, en ces mots. Je veux, dit-il, et entends que tous ceux qui s’adonnent à notre étude sérieuse, et qui désirent ensuivre absolument le même ordre et la piste que nous y avons tenue et dûment observée à notre contentement fassent en sorte que les choses spirituelles se corporalisent, et que les corporelles se spiritualisent aussi par une réciproque conversion et dissipation de leurs premières formes, afin d’en acquérir une plus excellente, se relevant de cette mort, qui est la putréfaction, beaucoup plus glorieux qu’auparavant par une légère et seule décoction.

figure vi

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Plusieurs autres des meilleurs Philosophes, unanimes en cette proposition, nous payent tous de ces ou semblables paroles, Solve et gela, dissous et congèle, ou du

Si fixum solvas faciasque volatile fixum

Et volucrem figas, faciet te vivere tutum,

dit la Fontaine des Amoureux,

Rends la terre légère, et donne poids au feu

Si tu veux rencontrer ce qu’on rencontre peu.

Comme jà ci-dessus nous l’avons remontré en divers endroits : imitant encore en ceci Senior qui nous convie ainsi que font tous les autres aux nuances nécessaires des matières contraires :  » L’esprit, dit-il, délivre le corps, et par cette délivrance l’âme se tire hors des corps, puis on réduit ces mêmes corps en l’âme : l’âme donc se change en un esprit et l’esprit de nouveau se fait corps.  » Car s’il demeure ferme au corps et qu’il rende de nouveau les corps de soi terrestres, massifs et grossiers, spirituels par la force de ces esprits, c’est le but de notre œuvre : que si le même n’arrive à ces corps métalliques, qu’ils ne perdent leur premier et naturel être, pour reprendre plus de lustre et de perfection en notre ouvrage, la première matière détruite en introduisant une autre par génération, c’est en vain travailler et dissiper ses veilles et son huile pour aboyer après le vent.

Un homme infortuné, déchu des doux zéphyrs de son bonheur et renvoyé aux cruels supplices d’un cloaque très ord, paraissait aussi noir qu’un More confirmé, palpitant en son mal, et hors de son haleine, pour les rudes efforts qu’il emprunte de soi-même, n’épargnant rien de ses forces qu’il ne les emploie au salut de sa vie, et à la délivrance de son corps relégué aux infectes prisons de ce bourbier fangeux et plein d’immondicités.

figure vii

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Mais sa trop faible puissancene pouvant seconder le vœu de ses désirs pour sortir de ce lieu, et se voyant en vain avoir importuné le Ciel de cris, et l’aide de son industrie pour se développer d’un si vilain cachot, il eut tout le loisir d’attendre en sa misère le dernier coup d’une cruelle mort, sans mendier plus avant le secours favorable de quelque âme bénévole pleine de charité pour l’attirer à la pitoyable compassion de son piteux désordre; aussi se pouvait-il bien résoudre, quoique par force, à finir tristement l’abrégé de ses jours funestement talonnés de plus sombres malheurs de cet immonde et ténébreux égout, puisque chacun se rendait sourd aux abois de sa complainte, montrant à son endroit un cœur plus endurci et plein de félonie, que n’eût pas fait un rocher insensible.

D’un désiré salut l’espérance étant vaine,

Son but n’aspire plus qu’à la Parque inhumaine,

Lorsque tout à propos une jeune beauté

Survint à son secours pleine d’humanité.

Cette dame était belle par excellence de corps et de face, enrichie de superbes habits de diverses couleurs, ayant de belles plumes blanches mais bigarrées comme celles d’un paon qui s’étendaient également sur son dos, à la merci d’un vent bénin et zéphyr favorable, les ailerons en étaient d’or entrelacés de belles petites graines. Sur son chef bien agencé, elle avait une très belle couronne d’or, et sur icelle une étoile d’argent; à l’entour de son col elle portait un carcan d’or, dans lequel était richement enchâssé un précieux rubis d’excellent artifice, le plus juste prix et la valeur duquel n’eût pas su payer le plus grand revenu de quelque puissant roi : elle avait aussi des souliers dorés aux pieds et d’elle s’épandait une suave et très odoriférante odeur. Tout d’abord qu’elle aperçut ce pauvre désolé, d’une contenance gaie et d’un joyeux aspect, elle lui tend la main, et le relève de son extrême faiblesse, jà tellement destitué de ses premières forces, qu’il ne se pouvait plus supporter, ni garantir son corps pusillanime déjà sentant la terre : au péril éminent du salut de sa vie il n’entend et n’attend plus rien d’assuré que le vrai rebut des malheurs misérables,

nullam sperare salutem.

Ce qu’étant reconnu aux actions imbéciles de notre langoureux, cette dame s’avance émue de compassion, et le retirant bénignement d’une telle infection, elle le nettoie pur et net, lui fait présent d’un bel habit de pourpre, et l’emmène jusqu’au ciel avec elle.

Senior en parle tout de même, traitant de ce sujet, voire encore en termes bien plus clairs : « Il y a, dit-il, une chose vivante qui n’est plus mortelle, ayant une fois été confirmée et assurée de sa vie par une éternelle et continue multiplication. « 

figure viii

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Les philosophes pour ne laisser rien en arrière de ce qu’ils doivent honnêtement découvrir de cet art, lui attribuent deux corps, savoir est le soleil et la lune, qu’ils disent être la terre et l’eau. Ces deux corps s’appellent aussi l’homme et femme, lesquels engendrent quatre enfants, deux petits hommes qu’ils nomment la chaleur et froideur, et deux petites femmes signifiées par le sec et l’humide : de ces quatre qualités il en sort une cinquième substance, qui est la Magnésie blanche, laquelle ne porte aucune ride de fausseté sur le front. Et Senior poursuivant plus au long cette même figure la conclut en cette sorte :  » Quand, dit-il, les cinq sont assemblés ensemble, et viennent à être une même chose, la pierre naturelle se fait lors de toutes ces mixtions égales, qu’on nomme Diane. Avicenne à ce propos dit que si nous pouvons parvenir jusqu’au cinquième, nous obtiendrons ce que tous les auteurs appellent l’âme du monde. Les philosophes nous expliquent sous l’écorce de cette similitude de l’essence et le modèle de leur vérité par la démonstration d’un œuf, pour ce que dans son enclos il y a quatre choses assemblées et ensemble conjointes, la première desquelles est le dessus qui est la coquille, signifiant la terre, et le blanc qui est l’eau; mais la peau qui est entre l’eau et la coquille est l’air qui divise la terre d’avec l’eau : le jaune est le feu et a une peau fort déliée tout à l’entour de soi : mais celui-là est l’air le plus subtil, lequel est ici au plus intérieur du très subtil, car il est plus adhérent et plus proche et voisin que n’est le feu, repoussant le feu et l’eau au milieu du jaune qui est cette cinquième substance, de laquelle sera formée et engendrée la poulette qui croît par après. Ainsi sont en un œuf toutes les forces et vigueurs avec la matière, de laquelle nature parfaite et accomplie vient à être épuisée : or est-il de même nécessaire que toutes ces choses se retrouvent parfaitement en notre opération.

figure ix

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Les discours des plus discrets sont toujours ambigus, et leurs graves écrits toujours entremêlés de quelque obscurité, s’entendant si bien tous en ce serment solennel, que leur volonté n’est point mieux exprimée des premiers que des autres. Et c’est même pourquoi Rosinus en ce point conforme aux Philosophes, n’explique en l’énigme suivant l’opération de l’œuvre, que par la face qu’il dit avoir vue d’une personne morte, mutilée en plusieurs endroits de son corps, et tous les membres d’icelui divisés : mais le gros de la masse et le tronc dudit corps qui restait encore entier paraissait blanc comme sel, son chef séparé des autres parties dudit corps était d’un bel or, auprès duquel était un homme fort noir, mal composé de ses membres, hâve au regard, et assez effroyable

de vue, qui se tenait tout debout, le visage tourné vers ce corps mort, ayant en sa main droite un coutelas tranchant des deux côtés aucunement entremêlé de sang, duquel comme cruel et de tout temps nourri au carnage et à l’effusion du sang humain il prenait pour ses plus grands ébats et pour les plus voluptueux délices de ses plaisirs, le meurtre violent et l’assassin volontaire, même de sang froid de toutes sortes de personnes. Il montrait en sa main gauche la forme d’un bulletin où ces mots étaient écrits : Je t’ai meurtri et mis ton corps en pièces, afin de te béatifier et te faire revivre d’une plus longue et plus heureuse vie que tu n’as ressentie devant que la mort eût conspiré contre toi par le tranchant de mon épée; mais je cacherai ta tête à ce que les humains ne te puissent connaître, et ne te voient plus au même équipage mortel que tu étais auparavant, et brouillerai ton corps dans un vase de terre où je l’ensevelirai, à ce qu’y étant en peu de temps pourri, il puisse davantage multiplier et rapporter quantité de meilleurs fruits.

figure x

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Les œuvres d’un Ovide, poète très excellent et grave Philosophe, nous font assez juger de sa capacité et de la grande expérience et vraie connaissance qu’il avait des effets merveilleux de notre magnésie, nous mettant en avant la prudente prévoyance de ces vieux sages, qui sagement curieux du renouveau de leurs jours surannés, s’opposaient vertueux par un antidote souverain et contrepoison de la mort, aux dards envenimés de ces fières Euménides, pestes cruelles de la vie, et de la conservation du genre humain, se faisant volontairement démembrer le corps en maintes et maintes pièces, que l’on faisait ainsi bouillir, jusqu’à une parfaite et suffisante décoction, pour changer la faible consistance de leur âge débile en l’état naturel de force et de vigueur, se faisant en mourant rajeunir plus robustes, et leurs membres épars et mis en tant de pièces, plus étroitement rejoints et réunis ensemble.

QUEL EST LE PROPRE DE LA NATURE PAR LEQUEL ELLE PREND SON OPÉRATION

traité quatrième

Le prince de la philosophie péripatétique et grand inquisiteur des recherches et curiosités naturelles, dit en ce qu’il a traité de la génération, que l’homme et la semence produisent un autre homme étant plus que certain que chacun et toutes choses engendrent leurs semblables par la force animée et secrètement particulière de chaque semence, qui rend toute forme vivante chacune en son essence par plusieurs et divers moyens, mais principalement par la chaleur opérative et tempérée du soleil, sans l’aide infuse et l’assistance immédiate duquel cette opération vivifiée n’agirait aucun effet. Les philosophes, aussi réglés sur le moule parfait d’une sage nature, sont forcés et contraints de mendier un secours favorable à leurs desseins et en la recherche de leur œuvre, à la discrétion de quelqu’autre support, et d’un aide emprunté.

Nulle chose Jamais fut de tout point parfaite

Sans le support d’autrui, et ne se vit bien faite.

Ainsi dit la nature en sa complainte :

Si tu m’aides, Je t’aiderai;

Comme tu feras, je ferai.

Si l’artiste ne seconde les desseins de la Nature, quoiqu’elle soit pleine de bonne intention, si ne peut elle pourtant nous mettre au jour et faire paraître la volonté qu’elle a de soulager les hommes, et les rendre de tout point au sommet de leur perfection : tout notre artifice aussi ne peut pas prospérer en ses recherches vaines, mais demeurent infructueuses et inutiles sans la faveur que lui fait la Nature. Ce qui nous montre bien qu’ils ont toujours besoin d’une entraide l’un de l’autre, et que notre art doit régir la chaleur avec la température du soleil, pour produire cette susdite Pierre : mais la poursuite et le bon succès de toutes ces choses doivent être considérés de nos sages émulateurs en sept diverses façons, qui nous y ouvriront la porte pour nous introduire bénignement aux prolégomènes nécessaires des parfaites chaleurs.

figure xi

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Premièrement il y faut de nécessité pratiquer une telle chaleur, qu’elle puisse attendrir, amollir et fondre le plus fort de la terre, cuisant ensemble et le gros et le dur par le feu tempéré d’une corruption, qui est le commencement de toute l’œuvre, confirmé des bons auteurs. Si putridum non fuerit, fundi aut solvi non poterit, et si solutum non fuerit, ad nihilum redigitur, dit fort bien Morien. Platon, Nota quod sine corruptione penetratio fieri non potest, c’est à quoi, dit-il, tu te dois efforcer de parvenir, qu’à la putréfaction. Après lequel le philosophe dit n’avoir jamais vu animal croître sans la putréfaction : et opus Alchymicum, poursuit-il, in vanum erit nisi antea fuerit putridum. Parmenides dit aussi la même chose :  » Si le corps n’est ruiné, démoli, du tout rompu et corrompu par la putréfaction, cette occulte et secrète vertu de la matière ne se pourra tirer dehors ni se conjoindre parfaitement au corps. Le grand Rosaire tient cette opinion de tant de bons auteurs très assurée, la soutenant comme infaillible par cette figure métaphorique :  » Nous tenons pour maxime véritable, que la tête de notre Art est un corbeau volant sans ailes en l’obscurité de la nuit aussi bien qu’en la clarté du jour.  » Mais par quel moyen elle se puisse faire, Socrate t’en baille un bon avis, parlant ainsi des premières chaleurs convenables à la corruption :  » Les pertuis et les petits trous qui sont les méats et les pores de la terre, s’ouvriront, afin qu’elle reçoive en soi la force et la vigueur tant du feu que des eaux. « 

figure xii

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Secondement telle chaleur nous y est nécessaire par la vertu de laquelle les ténèbres soient expulsées de la terre, le tout se rapportant au proverbe de Senior. La chaleur, dit-il, rend toutes choses blanches, et toutes choses blanches deviennent après rouges : l’eau pareillement par sa vertu rend aussi les choses blanches, que le feu puis après illumine, mais la couleur pénètre lors et transluit la terre subtilisée, comme le rubis par l’esprit teingéant du feu. A quoi convient encore l’autorité de Socrate en ces mots :  » Éjouis-toi quand tu verras une lumière admirable sortir des obscures ténèbres. « 

La chaleur  » disposée rapporte chaque chose à sa plus grande perfection, par la force secrète dont elle peut animer les corps au moyen d’un agent de pourriture. C’est pourquoi Morien dit que rien ne se rend animé qu’après la putréfaction, et que toute la force du magistère ne peut rien si cette corruption n’a précédé, ainsi que nous l’affirme assurément la Tourbe des Philosophes, qui d’un commun consentement attribue à cette chaleur la juridiction et le pouvoir de rendre les corps animés, en leur donnant une essence vivante, après cette putréfaction; de faire plein d’humeurs et aqueux ce qui était auparavant ferme et solide, ou autres semblables et contraires opérations, parce que la chaleur contient cette propriété que de fixer et résoudre, et qu’en cela est le nœud de la matière, auquel apertement consiste la perfection de l’ouvrier.

figure xiii

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A ce propos devons-nous étroitement observer comme un précepte d’assurance pour concevoir une douce appréhension de pouvoir obtenir le salaire précieux et prémédité de notre terre noire, le Solve et gela, que disent si souvent les bons auteurs, et jà de nous tant de fois rechanté. Ce n’est pas peu de connaître le feu qui fait cette putréfaction et plusieurs beaux divers effets desquels dépend toute l’entrée et la conclusion de notre Saturne.

Si tu veux promptement cet ouvrage abréger,

Rends-mol ce qui est dur, et le fixe léger,

par ce que l’essence de notre œuvre tire sa force de contraires qualités parfaitement unies. Rasis en dit autant au traité des lumières, parlant de la nécessité de cette mixtion métallique. Personne, dit-il, ne peut pas rendre légère une chose pesante sans recevoir l’aide d’une chose légère, non plus que transmuer une chose pesante en une essence légère sans l’entremise d’un corps pesant.

Au quatrième la chaleur purifie chassant de son foyer le moindre objet de quelque impureté. Calid, à ce sujet, dit qu’il faut laver la matière par un feu chaud, pour faire une apparente mutation : aussi faut-il savoir que les minéraux assortis et alliés ensemble déchoient promptement de leurs premières habitudes par la communication réciproque de chacune de leur propre influence en l’infusion également dispersée par la totale masse de leur communauté, se dépouillant d’un vêtement particulier pour en faire puis après une proportion égale et mesurée à tout le gros de la minière, et quittant les mauvaises senteurs de leur infection par le moyen de notre Elixir renouvelé, duquel traite fort à propos Hermès, quand il dit qu’il est très nécessaire de séparer le gros du subtil, la terre du feu et le rare de l’épais. Il me vient à propos de rapporter ici les conceptions du traité d’Alphidius qui ne contredit en rien ce que nous en disons. Vous connaîtrez, par la lecture exacte de ses doctes écrits, le même avis qu’il en a du tout, semblable à tant de bons et renommés auteurs, qui nous ont tous laissés hésitants au même chemin.

figure xiv

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La terre, dit-il, vient à se fondre, comme une eau, de laquelle il sort un feu. Oui, puisque la terre contient en soi le feu, aussi bien que l’air est contenu dans l’eau. Rasis nous avertit de même que certaines mollesses  » de l’art doivent précéder la parfaite opération de l’œuvre, lesquelles nous appelons ordinairement et fort à propos, mondifications, pour ce qu’il faut premièrement fondre pour rendre la chose plus maniable, et que la matière soit réduite en eau qui est mollasse et principe de toues choses, Ex aqua omnia fiant, ce qui se fait par la putréfaction : car dès le commencement de cette mondification on peut tirer quelque bon pronostic et ferme résolution de la Pierre des Sages, si les plus sales et difformes parties, comme excréments nuisibles et superflus à la pureté de ce bel œuvre en sont entièrement exclues et séparées.

figure xv

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Au cinquième la chaleur s’élève par la vertu du feu, et l’esprit caché de la terre sera renvoyé à l’air. C’est ce que dit Hermès dans sa Table d’Emeraude en ces termes. Il monte suavement de la terre au ciel, et derechef du ciel il redescend en terre, où lors il reçoit la force de toute force. Puis en un autre endroit : Fais le gros subtil et le subtil épais, et tu auras la gloire. Et Riplée, en ses 12 portes, n’en dit pas moins sous une autre figure : Tirez les oiseaux du nid, et puis les remettez dans le nid : qui est élever l’esprit de la terre, puis le rendre à la terre. A ce même sujet disent les Philosophes, qu’ils reconnaissent pour un maître de la science celui qui peut tirer quelque lumière d’une chose cachée. Morien confirme cette opinion comme savant, et tombant en même cadence que les autres, aux doux accords desquels notre colonne se fortifie et s’accorde, il tire de la cervelle de tant de différents et relevés esprits, l’indice le plus fort d’une pure vérité :  » Celui qui peut donner soulagement à l’âme, la tirant hors de la putréfaction, sait un des plus grands secrets de l’œuvre.  » L’avis d’Alphidius est ici tombé sur la même rencontre en ces termes : Fais, dit-il, que cette vapeur monte en haut, autrement tu n’en retireras rien.

figure xvi

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Au sixième, lors que la chaleur s’est tant et potentiellement multipliée en la terre, qu’elle ait réduit les plus fortes parties unies ensemble et rendues plus légères : elle surpasse en pureté les autres éléments : mais il faut que cette chaleur soit augmentée à l’égal et proportion de la froidure de l’homme. Calid nous autorise en cette opinion, et nous donne assurance de maintenir ce que nous en avons jugé :  » Eteins le feu, dit-il, d’une chose avec le froid de quelque autre chose.  » Si ne faut-il pas pourtant que la frigidité excède plus d’un degré cette chaleur naturelle, pour ce qu’elle la suffoquerait du tout, comme le dit fort bien sur ce propos Raymond en la Théorique de son Testament.

figure xvii

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Au septième, la chaleur tue et amortit la terre froide. A quoi le dire de Socrates peut fort bien convenir :  » Lorsque la chaleur pénètre, elle rend les choses grossières et terrestres subtiles et spirituelles qui s’accommodent à la matière, non pas à la forme finale, ne cessant d’opérer avec elle moyennant cette chaleur susdite. Ce que les Philosophes appellent, plus ouvertement, distiller par sept fois, entendant les sept couleurs qui se font par la décoction continuée dedans un seul vaisseau et sans y toucher, laissant faire la Nature qui les délie et mêle d’elle-même par ses poids naturels : …car la Sage Nature

Apprend son poids, son nombre et sa mesure.

A quoi conformément pouvons-nous dire ainsi par les oracles sacrés de leurs bouches véritables. Tu as lors divisé et séparé les humidités corrompues, le tout se faisant d’une seule décoction.

figure xviii

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Actor, au quatrième des Proverbes, donne un autre enseignement, pour savoir bien régir et tempérer la chaleur opportune et le feu nécessaire à notre opération en ces termes : lorsque le soleil s’est rétrogradé, qui veut dire débilité et remis en sa première matière il démontre le premier degré qui nous est autant qu’un vrai signal de pusillanimité infirme et imbécile, à cause principalement de la diminution de sa chaleur naturelle, lorsqu’il est à la noirceur : puis il y a un ordre de l’air au lion qui corrompt cette première chaleur naturelle, l’augmentant d’un feu brûlant et plus digérant que le feu commun, et cette ardeur excessive démontre le second degré, qui provient de la trop grande chaleur du feu, par lequel nous entendons la putréfaction, qui est la privation de la forme ; et derechef un autre certain ordre de l’air gardien du troisième degré suit de près les deux autres, non plus brûlant, mais de qualité tempérée, avec une médiocre constitution de l’air et un ordre mieux réglé, changeant sa violence en repos et tranquillité. Voilà le vrai moyen de mettre fin à l’œuvre et le sentier assurément frayé pour cultiver la vigne d’espérance, et parachever avec un bon succès le chemin jà battu d’un air délicieux et de prospérité.

Seconde partie

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