1. Sa Vie, son œuvre

Maria de NAGLOWSKA est née le 15 août 1883 à SAINT PETERSBOURG. Elle était la fille du Lieutenant Général Dimitri de NAGLOWSKI, Gouverneur de la province de Kazan, et de Catherine KAMAROFF.

Son père, avec le Général GOURKO, avait chassé les Turcs des Balkans, ce qui lui valut le poste de Gouverneur ; il fut empoisonné au cours d’une partie d’échecs par un nihiliste qui était devenu familier de la maison. Sa mère, un aristocrate russe, lui donna une éducation soignée ; mais elle mourut en 1895, alors que Maria n’avait que 12 ans.

De santé fragile, elle eut une enfance difficile, mais elle surprenait son entourage par ses remarques à l’emporte-pièce et par son comportement raisonnable bien qu’imprévisible. Orpheline, elle fut prise en charge par sa tante qui la confia à l’Institut Smolna de Saint-Pétersbourg, établissement réservé strictement à l’aristocratie. Elle y fit de brillantes études et retourna ensuite vivre chez sa tante. Devenue une jeune fille réservée, très éprise de savoir, elle fréquenta les Hautes Écoles de Saint-Pétersbourg, tout en s’intéressant aux problèmes de son époque.

Les idées gui procédèrent les événements de 1905 se répandaient dans toutes les couches sociales, et Maria, avec sa sensibilité, sa grande lucidité, se sentit concernée. De par ses origines et son éducation, elle aurait pu avoir un destin tout tracé, mais cela elle ne pouvait l’accepter. C’est à cette époque qu’elle fréquenta des cercles plutôt fermés. Elle y rencontra des hommes d’expérience, de toutes disciplines et sa connaissance du monde fit de rapides progrès.

Puis, un jour qu’elle écoutait un concert, elle fut attirée par la personnalité du violoniste soliste ; l’idylle qui s’ensuivit posait à Maria et à HOPENKO, son fiancé, des problèmes insolubles : la famille n’accepterait jamais cette alliance ; HOPENKO était musicien instrumentiste et juif Maria était noble et orthodoxe. Le couple dut quitter la Russie. Ils s’installèrent d’abord à Berlin où ils menèrent, avec ce qu’ils avaient pu emmener de Russie, une vie relativement facile ; mais cala ne dura qu’un temps, ils durent partir pour la Suisse.

À Genève où ils se marièrent, Maria continua d’étudier à l’Université en suivant les enseignements de plusieurs facultés simultanément ; à côté de ses études, elle fonda une école pour étudiants russes, abondants à cette époque à l’Université de Genève, qui ne possédaient pas assez de français pour la rédaction de leurs divers travaux. Cette école fleurit et rapportait bien, ce qui permit a son mari de suivre des études au Conservatoire de musique et ainsi il devint virtuose du violon. C’est pendant cette période que trois enfants naquirent : Alexandre, Marie et André.

Maria était en butte aux conflits qui opposaient les réfugiés russes dont la colonie très importante intervenait dans l’éducation des enfants ; mais l’influence juive était très active, Alexandre fut circoncis et Marie fut déclarée à la mairie sous le nom d’Esther.

André ne fut pas circoncis et n’eut pas un nom juif, ce qui, par la suite, lui causa d’abord bien des désagréments, mais, pendant la guerre, lui évita la déportation. La colonie russe qui avait, au début, aidé le couple, traduisit son mécontentement en supprimant son aide, et le ménage connut à nouveau des difficultés. HOPENKO continuait ses études et Maria enseignait dans des écoles privées. Mais HOPENKO était devenu sioniste, il connaissait personnellement HERZL, et voulait partir en Palestine. Marie fit plusieurs voyages en Russie pour obtenir une part de ses biens et faire reconnaître son mariage. Mais la famille fut impitoyable ; Maria n’était, pour eux, qu’une fille-mère et devait supporter la honte inhérente à sa condition ils n’attribuèrent jamais de valeur à son mariage civil.

Peu avant la naissance d’André, HOPENKO partit en Palestine où les sionistes lui offrirent la direction du Conservatoire de musique, poste qu’il occupa 40 ans, soit jusqu’à sa mort, laissant sa femme se débrouiller avec ses enfants. Courageusement Maria s’organisa pour faire face à cette adversité ; elle continua d’enseigner ; les Russes de Genève la réintégrèrent dans leur clan ; les enfants furent rebaptisés, mais ses concitoyens ne l’aidèrent plus ; pour eux c’était quand même une mère célibataire ; de plus, elle faisait preuve d’un peu trop d’originalité, tant dans ses propos que dans sa manière de vivre.

Maria était une mère admirable. Aidée par une gouvernante marseillaise, elle donna une très bonne éducation à ses enfants. Tout allait bien, mais Maria voulait s’exprimer et elle se mit à faire des conférences et du journalisme ; elle était pleine d’entrain, et se fit rapidement des relations, et même des amis ; elle était avenante, pleine de gaieté et d’esprit elle aurait pu se refaire une existence plus sécurisante, mais elle avait d’autres projets. Cette période euphorique ne dura qu’un temps ; en Suisse, à l’époque, ce qu’elle disait et écrivait ne pas ait pas inaperçu.

Une conférence sur La Paix donnée dans La Salle de l’Athénée a Genève, et le livre qu’elle fit paraître ensuite, lui valurent d’être emprisonnée, accusée d’espionnage et d’activité politique, elle ne fut libérée que sur l’intervention d’une haute personnalité.

La ville de Genève lui était interdite, elle dut s’installer à Berne où elle ne connaissait personne ; les enfants furent placés dans une pension a Interlacken et étudièrent dans une école allemande. A Berne, pour des motifs inconnus, elle fut jugée indésirable et dut partir pour Bâle ; c’était une expulsion en règle, mais Bâle n’était pas plus accueillante et Maria dut confier André et Marie a l’Assistance Publique de Genève l’aîné Alexandre étant parti en Palestine chez son père. Maria, grâce à un passeport polonais put partir pour l’Italie. C’était, apparemment, la fin d’un cauchemar ; elle s’installa à Rome : un ami qu’elle avait connu a Genève lui donna une partie de son vaste appartement. Elle se remit à enseigner puis devint rédactrice au Journal « Italie ». en 1920 la vie en Italie était difficile ; il y avait des troubles et une grande effervescence politique.

Maria fit venir ses enfants restés à Genève. Alexandre était en Palestine, chez son père. Grâce à l’ami qui aidait fraternellement Maria, la vie en Italie s’organisa de façon satisfaisante. Les facilités que le bon samaritain suisse procurait à la famille de nouveau réunie firent brusquement défaut, l’ami providentiel repartit en Suisse et peu après se suicida.

Cet événement fut le prélude d’une suite d’aléas imprévisibles, Maria perdit sa place, elle dut quitter l’appartement ; André échoua aux examens et dut quitter le collège. Il fallut repartir à zéro, vivre dans une chambre à peine meublée, accepter de donner des leçons à n’importe quel prix, vivre le plus simplement possible.

Mais cette adversité revenue eut le don de galvaniser Maria ; sans se décourager, elle se remit au travail avec acharnement et peu à peu la vie s’organisa tant bien que mal. André trouva une place de chasseur dans un grand hôtel, puis Maria retrouva sa place au journal Italie ; Marie, sur les conseils de sa mère, apprit le métier d’infirmière ; Alexandre, en Israël, s’occupait de chevaux, ce qui était sa vocation ; la vie reprit son cours normal.

Marie, âgée de 16 ans, tomba malade, une épidémie de typhus sévissait a Rome et fit grand nombre de morts. Après trois mois d’hôpital, elle passa deux ans comme novice dans le couvent de celui-ci. Puis, retournée à la vie séculaire, elle trouva du travail comme infirmière chez un dentiste. Alexandre entra dans une école d’agriculture prés de Tel’Aviv et, par la suite, André partit chez son père qui dirigeait un conservatoire de musique a Tel’Aviv.

Maria resta seule avec sa fille à Rome. Elle s’était fait, à cette époque, de nombreuses relations. Elle fréquentait un groupe d’écrivains occultistes pour la plupart, elle écrivait beaucoup, mais ne publiait rien, les conditions de vie que les étrangers subissaient en Italie ne le permettaient pas. C’est au cours de ces réunions à caractère ésotérique qu’elle fit la connaissance d’un philosophe russe qui lui révéla la tradition Boréenne dans ses aspects les plus secrets ; cet homme avait séjourné de nombreuses années dans un monastère situé près du Lac Baïkal en Sibérie ; il avait également voyagé en Europe, en Asie et en Amérique.

Les années qui suivirent ces événements permirent à Maria d’écrire un certain nombre de textes qui constituèrent les bases de son enseignement. Alexandre, le fils aîné de Maria, réussit à se faire une bonne situation à Alexandrie, il fit venir Maria et sa sœur Marie, et par la suite son frère André qui était très heureux en Palestine ; son père, bien que non divorcé, avait épousé une musicienne juive avec qui il avait aussi des problèmes insolubles. André avait appris l’hébreu, mais au détriment des autres études et sa marâtre ne voulait pas le voir. Mais la famille était à nouveau réunie et cela comptait plus que toute chose pour Maria.

En Égypte, Maria fut sollicitée pour faire des conférences, des causeries-débats, organiser des réunions, notamment à la Société Théosophique d’Alexandrie. Rédactrice au journal « La Bourse égyptienne », elle finit par être très connue.

Marie se maria avec un ingénieur suisse, chef mécanicien de la centrale électrique des trams d’Alexandrie.

En l’année 1930, la famille se dispersa à nouveau. Alexandre avait changé de caractère, s’était marié, et voulait se consacrer à son foyer. Marie partit en Suisse avec son mari, André dut retourner à Tel-Aviv chez son père. Maria revint à Rome, ses amis lui trouvèrent une place dans une maison d’édition de France dont le siège était à Paris.

Mais à Paris, après avoir attendu plusieurs mois, pour permettre de recevoir les renseignements que la Suisse pouvait fournir sur Maria de NAGLOWSKA, on lui confirma qu’elle ne pourrait avoir d’autorisation de travail en France ; Maria pensait que l’Ambassade de France à Alexandrie était aussi pour quelque chose dans ce refus catégorique.

En ces quelques mois d’attente, elle avait épuisé toutes ses économies. Elle connut de ce fait une misère insupportable, si elle avait duré, mais elle eut la présence d’esprit de venir vivre à Montparnasse, dans ce milieu cosmopolite où écrivains , artistes, philosophes vivaient en symbiose, ou la bohème avait ses coudées franches.

Maria fit des rencontres bénéfiques, elle organisa sa vie en fonction de ce milieu aux multiples aspects ; elle logeait dans une chambre d’hôtel, rue Bréa, utilisait la Rotonde comme lieu de rendez-vous, mais aussi de bureau et même de salon. Elle déménagea ses pénates à la Coupole, car le fond de la salle prés du jardin d’hiver, connu sous le nom de carré des occultistes, lui convenait plus particulièrement. Maria fit venir son fils André a Paris ; cela n’alla pas sans mal et, après maintes aventures, il arriva a Paris, mais lui aussi ne put avoir une autorisation de travailler en France, et fut même déclaré apatride par le Ministère des Affaires étrangères.

André était débrouillard, il réussit à devenir placier en feuilletons périodiques, sa clientèle était les petits magasins, les concierges de Paris et de la banlieue. Il gagnait suffisamment pour faire vivre sa mère et lui-même, ce qui permit à Maria de se consacrer à son oeuvre. Elle fit éditer un journal La Flèche loua un jour par semaine le studio Raspail, rue Vavin, pour y faire ses conférences.

© Marc Pluquet

Ce texte est paru aux Éditions Gouttelettes de Rosées, 44 rue de la Dysse 34150 Montpeyroux.

%d blogueurs aiment cette page :