Saint Bernard

Bernard est né à Fontaine, localité proche de Dijon. Son père, Tescelin, était de la famille des seigneurs de Châtillon-sur-Seine. Sa mère, Alette, était la fille du seigneur de Montbard. Bernard est donc issu d’une famille de moyenne noblesse, apparentée ou alliée à de puissantes maisons.

Il subit dans son enfance l’influence de sa mère, femme très vertueuse. On le confia, pour ses premières études, aux chanoines de l’école de Saint-Vorles, près de Châtillon. Il y acquit une solide pratique du latin, mais il délaissa la culture littéraire et profane qu’on essayait de lui donner. À l’âge de seize ou dix-sept ans, il perdit sa mère et en fut très vivement affecté. Il mena alors pendant quelques années une vie mondaine, comme pouvait le faire un jeune noble du temps.En fait, tout en ayant une existence laïque, il semble bien qu’il songea très tôt à se retirer du monde. En avril 1112, il prit sa décision et vint se faire moine à Cîteaux, abbaye créée en 1098 au sud de Dijon et qui voulait retourner à l’ascèse monastique la plus rude. Il y entraîna avec lui trente compagnons, parents ou amis. Il apparut aussitôt comme un élément particulièrement dynamique, si bien qu’en 1115, il fut envoyé, avec quelques moines, pour fonder l’abbaye de Clairvaux, aux bords de l’Aube, non loin de Troyes, sur une terre donnée par le comte de Champagne. Il resta abbé de Clairvaux jusqu’à sa mort, ce qui ne l’empêcha pas de jouer un rôle éminent hors de son monastère et de son ordre.

Sa sensibilité très vive, elle explique ses plus beaux élans spirituels et permet de découvrir en lui une sorte de sensualité mystique le conduisit, en quelques occasions, à des attitudes raides et même violentes.

L’âme nourrie des leçons et des allégories de l’Écriture, spécialement de l’Ancien Testament, il fut un orateur vibrant, aussi bien pour instruire ses moines de Clairvaux que pour émouvoir et entraîner les foules. Conservateur, quasi « intégriste », ne parvenant pas toujours à bien saisir le sens véritable des mutations de son époque marquée justement par une profonde transformation de l’économie, de la société et du pouvoir politique, il fut, en outre, un écrivain fécond, au style alerte et coloré. Ses principales oeuvres, en dehors de sa correspondance et de ses sermons (parmi lesquels ceux sur le Cantique des cantiques adressés à ses moines, exerceront une grande influence sur la mystique médiévale), furent le De gradibus humilitatis, l’Apologia ad Guillelmum abbatem, le De diligendo Deo, le De gratia et libero arbitrio, le De laude novae militiae, le De praecepto et dispensatione, la Vita S. Malachiae et le De consideratione.

Lorsqu’il arriva à Cîteaux en 1112, l’abbaye connaissait de très sérieuses difficultés et voyait ses effectifs se réduire de jour en jour. Bernard lui apporta un nouvel élan et permit à l’ordre cistercien de se développer. Il fut du reste, en tant qu’abbé de Clairvaux, grâce à son rayonnement et à son action, le principal artisan de cet essor. À sa mort, l’ordre comptait 350 maisons, parmi lesquelles 160 avaient été fondées par Clairvaux ou par des établissements issus de cette abbaye.

Quant à lui, il se révéla un bon administrateur et un moine exemplaire, refusant âprement honneurs et dignités. À l’austérité cistercienne, élaborée à partir de la fuite du monde, de la pauvreté et du travail manuel, il ajouta la mise en valeur de la pureté (méfiance à l’égard de la femme, objet de péché, réconciliation avec elle dans le culte de Marie, vierge et mère) et le mépris de la culture et de tout ce qui peut sembler un divertissement pour l’esprit.

Ce moine remarquable fut mêlé à toutes les grandes affaires ecclésiastiques de son temps, soit qu’il prît lui-même l’initiative d’agir, en croyant que c’était son devoir, soit surtout qu’il fût sollicité à cause de son extraordinaire réputation.

C’est ainsi qu’il s’occupa maintes fois d’élections épiscopales contestées, intervenant pour rappeler les règles canoniques ou, plutôt pour appuyer un candidat tenu pour meilleur.

En 1130, il fut conduit à agir au niveau le plus élevé de l’Église romaine secouée alors par un schisme. À la mort du pape Honorius II, en effet, les cardinaux, divisés en deux clans, ne cherchèrent même pas à se mettre d’accord : le parti des Frangipani élut le 14 février le cardinal Aimeric, qui prit le nom d’Innocent II ; ses adversaires désignèrent le cardinal Pierleone, qui choisit le vocable d’Anaclet II. Ce dernier avait eu pour lui la majorité des électeurs et put aussitôt s’assurer l’appui des Romains. Il reçut l’obédience et l’aide de Roger II, duc de Pouille et de Calabre, à qui il conféra le titre de roi de Sicile. Devant cette double élection cependant, les princes consultèrent le clergé. C’est ainsi qu’en France Louis VI convoqua un synode à Étampes et y invita Bernard. Ce dernier, après avoir hésité, se rendit à l’invitation et, dans une intervention passionnée, se déclara en faveur d’Innocent II, jugé par lui plus saint, donc plus apte et, de ce fait, certainement élu par le groupe le plus sain (sanior pars ) des cardinaux. Le Capétien et son royaume adhérèrent alors à Innocent II, qui vint se réfugier en France. L’empereur Lothaire III le reconnut à son tour et conduisit une expédition pour l’installer à Rome. Bernard rejoignit le monarque et le pape et les accompagna dans la Ville (1133). Peu après, le pontife fut à nouveau en butte aux attaques des partisans d’Anaclet ; en mai-juin 1135, il réunit un concile à Pise pour anathématiser son rival. L’abbé de Clairvaux y prit part et prononça un discours très violent. Il négocia ensuite avec Milan l’adhésion de cette cité au pape puis, en 1137, il alla trouver Roger II et essaya vainement de le faire changer de camp. Quelques semaines plus tard, le schisme s’éteignit du fait de la mort d’Anaclet (janv. 1138).

À la même époque, il découvrit avec anxiété les progrès de l’hérésie cathare et réfuta les doctrines erronées qui se répandaient alors dans le midi de la France ; en 1145, il accepta d’accompagner le cardinal-légat Albéric, envoyé en mission pour poursuivre les hérétiques ; il prêcha à Poitiers, Bergerac, Périgueux, Sarlat, Cahors, Verfeil, Albi, etc.

Il entretint enfin des relations étroites avec la papauté : non seulement avec Innocent II à la suite du schisme de 1130, mais plus encore avec Eugène III, un ancien moine de Clairvaux qui occupa la chaire de Pierre de 1145 à 1153. Il rédigea à son intention le traité De consideratione, pour lui montrer les exigences spirituelles et morales de sa charge, sans craindre de critiquer certaines pratiques de l’Église romaine, telles que l’exemption, les appels.

L’abbé de Clairvaux s’intéressa aussi, parfois avec vigueur, aux problèmes politiques. Il fut chargé par Innocent II d’essayer de rapprocher l’empereur Lothaire III de son rival Frédéric de Hohenstaufen, révolté contre lui. Il émit des réserves sur le mariage de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine qui, selon lui, violait la règle canonique d’empêchement en cas de parenté. Il joua avec conviction le rôle de médiateur entre Louis VII et le comte de Champagne, lorsque le Capétien prit les armes contre son puissant vassal (1142), sans celer sa profonde sympathie pour le comte qui était le protecteur de Clairvaux.

Mais, surtout, il intervint dans une entreprise politico-religieuse qui, dans les dernières années de sa vie, raviva son enthousiasme : la croisade. Il s’était déjà intéressé à la Terre sainte lorsque, entre 1128 et 1136, il avait rédigé le traité De laude novae militiae pour exposer à l’ordre naissant des Templiers quels principes spirituels devaient guider son action. Sollicité en 1146 de lancer la prédication pour la deuxième croisade, il hésita quelque temps, puis se jeta résolument dans l’entreprise. Le 31 mars, il adressa un vibrant appel aux clercs et aux nobles réunis à Vézelay. À l’automne et dans l’hiver suivant, il parcourut la France du Nord-Est et l’Allemagne. Après l’échec de l’expédition, il combattit le découragement et demanda un nouvel effort. Un concile réuni à Chartres en 1150 le désigna même comme chef de la future opération qui, faute de moyens, n’eut jamais lieu.

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