Définir la Gnose… Chose difficile lorsque l’on sait que les premiers gnostiques avaient des visions tellement différentes, qu’il y avait à l’époque autant de Gnoses que de Gnostiques. La Gnose n’est pas un concept dogmatique et figé, mais de toutes les Gnoses qui ont existé ou existent encore, on peut dégager des lignes maîtresses communes, et surtout un but commun.

Les Gnostiques construisent leur image du monde sur la connaissance et non sur la croyance et la Foi. Ils voient dans la matière, et le monde auquel nous appartenons, le produit d’un démiurge ennemi de l’homme, différent du Dieu inaccessible. Et à leurs yeux la vie et la matière sont une oeuvre manquée, porteuse d’une imperfection originelle matériellement décelable, que seule la Gnose peut combattre. Mais si l’homme est imparfait, il porte aussi en lui une étincelle divine, un feu, quelque chose qui vient du Dieu inaccessible et qui échappe à la « malédiction » de ce monde. Le but des Gnostiques est de s’arracher à cette malédiction de la matière pour retrouver l’Unité avec Dieu, opérer une sorte de retour vers une patrie perdue : « Quand vous ferez le deux Un, et le dedans comme le dehors, et le dehors comme le dedans, et le haut comme le bas […] alors vous irez dans le Royaume. » (Evangile selon Thomas, Métanoïa, logion 22) C’est d’ailleurs pour cela que les Gnostiques se sentent aussi perdus sur Terre que des aliens échoués sur une planète inconnue.

La pensée Gnostique des premiers siècles, qui a vu le jour en même temps et dans les mêmes lieux que le christianisme naissant s’est démarquée des autres courants de l’époque, « c’est une pensée profondément originale, une pensée mutante » (Les Gnostiques, Jacques Lacarrière). Les Gnostiques sont des insoumis, ils refusent un monde gouverné par des « ombres d’hommes », ainsi que ses lois. C’est pourquoi les Gnostiques ont toujours refusé d’obéir aux pouvoirs temporels, et qu’ils rejettent des institutions comme le mariage, la famille ou la procréation. Les Gnostiques sont des insoumis et des révoltés, et si on y regarde de plus près on peut même dire qu’ils ont été des anarchistes de la première heure.

Le but de la Gnose et de ses pratiques parfois choquantes (sodomie, pratique de l’amour libre, etc.) est de susciter en l’Homme une véritable conscience (dont sont dépourvues les « ombres d’hommes»), d’éveiller cette étincelle divine qu’il porte en lui afin que ses actes et ses pensées acquièrent la permanence et la rigueur nécessaires pour échapper aux sortilèges du monde. La Gnose est une recherche de vérité et de connaissance dont le but ultime est le retour à l’Unité avec Dieu (ou le Tout, ou autre nom que l’on veut bien lui donner), afin de ne plus être soumis aux cycles des réincarnations (réincarnation en laquelle beaucoup de gnostiques croyaient). La Gnose est à la fois une synthèse de plusieurs courants de son époque et une pensée totalement nouvelle. Mais les Gnostiques des premiers siècles étant contre toute forme d’histoire ou de postérité, ils n’ont laissé que peu de traces, et leurs « antisociétés » ont été éphémères pour la plupart, faute de structures et d’institutions. Ce « défaut » a été pallié par les Cathares, néo-gnostiques du Moyen-Age, qui se sont dotés de structures et d’une société parallèle afin que leur mouvement puisse perdurer.

Traitée d’hérésie par l’Église Chrétienne, la Gnose est en réalité l’arbre dont cette même église est un surgeon. Et si la Gnose avait eu un dogme, on aurait même pu dire que l’Église Chrétienne est une branche hérétique de la Gnose. Ceci explique les liens entre le Christianisme et la Gnose, et les récupérations ultérieures que les fondateurs de l’Église Gnostique Apostolique ont faits dans les sacrements chrétiens.

Morigane alias Sophia Eris

Cette page est ainsi dédiée à l’Église Gnostique Apostolique. Pourquoi Apostolique ? Car elle descend par la filiation des Évêques jusqu’aux Apôtres du Christ Lui-même. Nous sommes dépositaires, avec d’autres, de la consécration épiscopale qui transita via Robert Ambelain, l’Abbé Julio, Jean Bricaud

Nous ne sommes pas fondateurs d’Église, mais nous travaillons selon les enseignements de la Gnose et nous avons voulu diffuser ceux-ci parmi les sans grades et les petits dont parlait tant le Christ, c’est pourquoi l’Église Gnostique Chaotico-Apostolique est née il y a tout juste un an.

Au travers des articles ici présentés, nous espérons faire encore vivre la gnose, chrétienne, hérétique selon les canons civilisés, mais libre et fraternelle.

Dans la Paix

Tau Héliogabale, Oratoire d’Arlon, mars 2005 e.v.

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